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Des sms pour contrer le Loup

7 août 2012

Un collier high-tech est développé dans les Alpes vaudoises (Suisse). Il réagira en cas d’attaque du troupeau.

Expérience insolite jeudi soir sur l’alpage du Creux-du-Champ au-dessus des Diablerets: des chiens-loups de Tchéquie ont attaqué un petit troupeau de brebis sous la surveillance de scientifiques. But de l’opération: mesurer la fréquence cardiaque des ovins, afin de développer un collier anti-loup.

Sous l’orage, le biologiste Jean-Marc Landry et son collaborateur tentent non sans mal d’attraper No 3, une brebis adulte mais pas tout à fait consentante. Un petit coup de spray nettoyant sous le ventre, et ils équipent son poitrail d’une sangle et d’un cardiofréquencemètre, sorte de montre utilisée pour la course à pied. Il s’agit ici de mesurer la variation du stress chez les brebis.

Au préalable, No 3 a été préparée et rasée à la crème dépilatoire, raconte l’ex Monsieur Loup. L’opération «un peu barbante» se répète sur huit autres cobayes. Accompagnées de onze camarades, les miss sont ensuite conduites dans un enclos pour le test, le deuxième des trois prévus avec les chiens-loups de Tchéquie.

Barre-toi de mon herbe

«C’est la première fois qu’un tel dispositif est testé en pleine nature», explique le Jurassien. Il s’agit de mieux connaître le fonctionnement du cœur de la brebis. Les modifications de son rythme cardiaque permettront de calculer un algorithme qui définira quand le mécanisme se déclenchera.

Ainsi, en cas d’attaque, le collier devrait envoyer un répulsif assez puissant pour éloigner le loup, ainsi qu’un sms pour avertir le berger. Il pourrait être doublé d’avertissements sonores. Le loup devrait ainsi apprendre à se méfier du bétail.

Des snipers

Provenant d’un élevage des Vosges, Sky et Milla ont un «look et un pelage ne permettant pas de renier leur origine lupoïde. Issus d’un croisement entre berger allemand et loup, ils peuvent pulvériser un mouton», explique Agnès Thiébaut, spécialiste vosgienne du loup. Endurants et dotés de beaucoup de flair, ils sont utilisés pour du pistage, du traîneau.

Equipés de leurs muselières, Sky et Milla contournent le troupeau sans leur maîtresse. «En sa présence, ils n’attaquent pas, car ils savent qu’elle va les stopper», souligne Agnès Thiébaut.

Sur le pâturage, les brebis s’agglutinent, vaguement inquiètes. Soudain, les chiens de Tchéquie déboulent comme des snipers. Les brebis dévalent la pente, arrachant toutes les barrières plastifiées sur leur passage.

Au doigt et à l’œil

«Une d’entre elles a sifflé pour avertir ses compagnes du danger», ce qui est très rare, commente l’éleveur Jean-Pierre Vittoni, qui met son troupeau à disposition pour le projet. «Sans muselière, les chiens loups auraient pu chacun en croquer trois ou quatre», note-t-il.

Paniquées, les brebis remontent sur la crête à toute allure pour rejoindre le gros du troupeau à près de 3 km de là. Seules cinq d’entre elles seront rattrapées le soir même. Les colliers des autres seront enlevés le lendemain. Les chiens obéissent en revanche au doigt et à l’œil à leur maîtresse et sont rapidement éloignés.

Limiter la casse

Ces essais sont réussis, estime Jean-Marc Landry. Le rythme cardiaque des brebis a passé d’une moyenne de 60-80 battements par minute à un pic de 225 lors des attaques.

L’équipe va ensuite analyser les résultats dans le détail. Prévue à l’automne, la prochaine étape consiste à réaliser un prototype de collier. L’an prochain, il sera testé en Suisse et en France.

Le collier permettra de limiter la casse dans les petits troupeaux, dont les éleveurs n’ont souvent pas les moyens d’entretenir un chien de protection, note le biologiste. Il pourrait être utilisé également dans les zones très touristiques, où les patous ne sont pas toujours appréciés.

D’autres pays se sont déjà montrés intéressés, à l’instar de la France et de la Norvège.

Source : ATS

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