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Le bon ou le grand méchant loup ?

4 juin 2006

Le bon, ou le grand méchant loup ?

Dr François Lubrina

Les contes ont vraiment la vie dure ! Religieusement entretenue depuis des générations, la féroce réputation du «grand méchant loup» continue de faire, non sans une pointe d’effroi, le délice des petits enfants, le soir avant de s’endormir.

N’eût donc été l’histoire abominable du Petit Chaperon rouge écrite en 1697 par Charles Perrault, la réputation du loup, chez les jeunes citadins en tout cas (mais aussi les mères-grand!), serait sans doute moins diabolique aujourd’hui.[…]

Pour réhabiliter, et surtout faire aimer le loup qui enflamme encore les passions, fascine et dérange à la fois, Jean-Pierre Sylvestre vient de publier aux Éditions de l’Homme et dans la collection Les animaux en questions, un guide intitulé Le Loup. Clair, fouillé, facile à lire, ce petit livre démystifie parfaitement, et sous forme de questions-réponses, ce carnivore sauvage en expliquant sa psychologie, ses moeurs,… Bref, en le décrivant sous toutes ses coutures. Histoire de faire contrepoids, bien sûr, avec quelques-uns des plus éminents zoologistes.

Lesquels, par ignorance sans doute, ou aveuglés par une solide dose d’anthropomorphisme, donnèrent, à l’ancêtre du chien, un grand méchant look. C’est le cas du naturaliste Buffon, dans son Histoire naturelle: «Désagréable en tout, la mine basse, l’aspect sauvage, la voix effrayante, l’odeur insupportable, le naturel pervers, les moeurs féroces, le loup est odieux, nuisible de son vivant, inutile après sa mort.» […]

Perpétuant la «cruauté» et la «voracité» de cette espèce, la langue française regorge, il est vrai, d’expressions ou de maximes peu engageantes: «L’homme est un loup pour l’homme», «Les loups ne se mangent pas entre eux», «Avoir une faim de loup» ou encore «Se jeter dans la gueule du loup». Chez les Italiens qui conservent malgré tout pour le loup en général, et la louve romaine en particulier, une sorte de vénération patriotique, la même expression «In bocca al lupo!» (traduction: «Dans la gueule du loup» ) signifie paradoxalement: «Bonne chance!»

La légende de la louve, emblème de la Rome antique, nourrissant de ses mamelles Romulus et Remus, ne serait pas non plus sans fondement. En Occident, l’histoire abonde, en effet, de cas plus ou moins authentiques d’enfants abandonnés, puis adoptés par des loups. Cependant, la plupart des cas d’enfants-loups ont été signalés en Inde, à partir de 1840 principalement. Si certains naturalistes mettent en doute l’existence même d’enfants-animaux, Jean-Pierre Sylvestre réplique que la lactation, chez la louve, peut se prolonger pendant quatre mois. Par la suite, les louveteaux reçoivent des morceaux de viande mâchonnés et régurgités qui seraient assimilables par un enfant en bas âge.

Quant au phénomène d’adoption entre espèces différentes, il n’est pas rare de voir des chiennes allaiter des chatons orphelins. On a même signalé une lionne maternant de jeunes gazelles au Kenya, et une louve nourrissant des renardeaux!

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Le Loup, par Jean-Pierre Sylvestre, 116 pages, aux Éditions de l’Homme.

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