Le Blog, Loup textes

Chasse au loup avec un appareil photo

25 septembre 2010

Autorisation de tirer

Haro sur le loup.

Cet hiver en vain, seule, silencieuse, armée de mon appareil photo, j’ai pisté la trace du loup, rêvant de saisir un instant l’œil libre dans mon objectif. La nouvelle de son retour rendait à la forêt son pouvoir féerique.

Et voilà que la peur du loup sévit dans le canton du Valais, refrain lointain, venu du fond des temps, résonance psalmodiée, répercutée en écho dans la paix des montagnes. On crie « Haro ! » sur le prédateur métamorphosé, par le sortilège d’une fiction, en bouc émissaire. Accusé non d’être loup en son domaine, mais bête sauvage méritant le sacrifice pour crime de liberté, troublant la transparence d’une vie champêtre, à l’écart du monde.

Le loup appelle ou terrifie qui ne l’a pas vu, animal sacré dont la pupille impressionne. Il porte en son pelage nos fantasmes, féroce mangeur de petites filles à la gueule ensanglantée, monstre enfin, miroir inversé de l’humain, fascination pour le promeneur solitaire en quête d’une vérité de nature. Ce qui se lit dans ce nouvel épisode de chasse au loup, rengaine moyenâgeuse, c’est la permanence d’un imaginaire collectif stigmatisant l’animal. Loup : symbole de ce qui échappe, être inquiétant laissant poindre la question de l’autre, de la différence, effrayante. En notre narcissisme mortifère, nous ne voulons contempler que notre image.

Salvateur. Bête poursuivie en justice pour l’identité qu’on lui prête, héritée du pouvoir des fables à dessiner la cohérence qui nous convient (l’homme roi sur terre, se croyant encore au centre de l’univers), il est visé comme le loup à abattre. Mais lequel ? Entre l’autorisation donnée pour soixante jours de tuer un loup et le geste de mise à mort qui s’accomplira une fois encore sans savoir vraiment, se réalise le glissement salvateur. Rassurez-vous : par ce jeu de tir approximatif, nous allons tuer le loup ! Et l’homme sur la nature reprendra ses droits de domination absolue, inscrits dans la Genèse. Tournons les pages pour nous trouver liés à ce souffle du vivant par la parole de Qohèleth : « Car le sort des fils d’homme et le sort des bêtes, c’est un sort identique qu’ils ont: telle la mort de celles-ci, telle la mort de ceux-là et un souffle identique est à tous deux; la supériorité de l’homme sur la bête est nulle, car tout est vanité. » Ancien Testament, L’Ecclésiaste III, 19-20.

En contrepoint grinçant, sur le site de l’UDC du Valais romand, cet argument d’une naïveté splendide, avancé par les jeunes recrues : « Conscients que les moutons et les veaux sont plus utiles à l’homme que les loups, les Jeunes cons du Valais romand rappellent donc leur ferme volonté de supprimer le statut d’animal protégé accordé au loup et, pour cela, de dénoncer la Convention de Berne. »

Florence Balique

Texte publié avec l’aimable autorisation du blog Médias Citoyens Diois.

chasse-loup-avec-appareil-photo

Photographie d’illustration

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1 commentaire.

  • gualyvo 25 septembre 2010 at 12 h 30 min

    Bonjour

    Félicitation à l’auteur de cette écrit

    On sent en lui l’amour des loups qui sort de ses trippes

    merci à l’auteur du plaisir de l’avoir lu, et du pertagé de ses sentiments

    Gualyvo

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