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Crier au loup peut-il sauver l’animal ?

8 mars 2009

Les milieux de protection de la nature américains sont en émoi. Eux qui espéraient qu’Obama annulerait une décision de son prédécesseur sur la protection du loup dans le Nord des USA (Minnesota, Montana et Idaho), en seront pour leurs frais. Vendredi, le ministre de l’intérieur Ken Salazar a confirmé le retrait du loup gris Canis lupus de la liste des espèces menacées aux Etats-Unis, affirmant que leur population est désormais de 5500 spécimen sur l’ensemble des Etats-Unis. En revanche, la nouvelle administration a maintenu —comme celle de Bush— le loup gris sur la liste des espèces menacées dans le Wyoming.

L’organisation Defensers of Wildlife a immédiatement annoncé qu’elle saisirait la justice pour faire annuler la décision de Ken Salazar. En février dernier, le biologiste David Mech, de l’US Geological Survey, avait publié un article dans les Biological Letters de la Société Royale britannique, en faveur de la thèse de la régénération des populations de loups dans certains états américains, soutenant implicitement la décision des autorités fédérales.

Selon David Mech, le loup a repris du poil de la bête, notamment dans le Minnesota. La population du prédateur dans cet Etat a grimpé de 750 à 4100 spécimen, et le territoire occupé par l’animal a triplé, gagnant des régions limitrophes du Wisconsin et du Michigan. Une étude parue en 2007 relevait que la population avait beau être plus importante, sa diversité génétique était encore faible, un facteur qui justifiait le maintien du loup sous la protection des lois fédérales. Etude contestée par Mech qui souligne la dispersion géographique entre les prélèvements réalisés pour ces travaux, et les données de référence obtenues sur des spécimen datant d’un siècle et conservés pour les besoins de la science. Les loups ont en effet tendance à se regrouper suivant leur proximité génétique.

Même retiré de la liste des espèces menacées, le loup américain n’est pas pour autant un animal comme les autres. La loi prévoit un délai d’observation de cinq ans avant de confirmer qu’une espèce peut être définitivement rayée de la liste. De plus, remarque David Mech, les deux principaux outils qui avaient décimé le loup —l’empoisonnement et la chasse aérienne— sont désormais interdit aux Etats-Unis. Il estime que pour remettre en danger l’espèce, il faudrait abattre chaque année entre 1500 et 2500 animaux, cette fois sans arme de destruction massive. Mais la chasse au loup pourrait bien réouvrir: l’Idaho et le Montana se préparent à autoriser l’élimination des animaux qui menacent le bétail… Le gouverneur de l’Idaho a même fait savoir qu’il espère être le premier à tuer un loup et considère la chasse aux trophées comme une activité économique importante pour son Etat. Mais malgré cela, réclamer le reclassement du loup comme menacé revient à «crier au loup», estime David Mech.

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1 commentaire.

  • nath 8 mars 2009 at 22 h 40 min

    Mince! Moi qui croyait à une orientation franche de l’administration Américaine pour la préservation de l’environnement.Qui peut le plus peut le moins… La sauvegarde du loup ne demande pas un changement majeur de nos sociétés pour pouvoir être réalisée. Ce n’est pas une réorientation des activités humaines très importante et il y a déjà beaucoup trop de contreverses! 

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