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Histoires de loups et de gros sous

25 juin 2008

La semaine dernière, le groupe national chargé du suivi du loup se réunissait pour étudier le plan d’action prévu pour 2008-2013. Il est attendu avec d’autant plus d’impatience que les premiers troupeaux commencent à monter en alpage. Le document n’est pas encore signé par les deux ministres concernés (agriculture et écologie), mais les grandes orientations commencent à filtrer.

D’abord le constat : l’espèce se plaît chez nous. La France compterait plus de 120 loups répartis sur 23 zones de présence permanente, dont cinq en Savoie. Selon le rapport, « la population de loups est durablement installée dans les Alpes occidentales. » même si les spécialistes reconnaissent qu’il est très difficile d’en évaluer le nombre avec précision. Mais les experts confirment aussi la progression de l’espèce dans de nouvelles zones de colonisation (Languedoc/Roussillon, Auvergne, Midi-Pyrénées et Franche-Comté). Les moyens accordés pour protéger les troupeaux et indemniser les éleveurs vont-ils suivre la même courbe ascendante si le territoire continue de s’étendre ? En 2004, les crédits consacrés aux mesures de protection et d’indemnisation s’élevaient à 1,35 M€, pour grimper jusqu’à 4 M€ en 2007. Elles ont permis de réduire le nombre d’attaques, mais on a vu les limites du système. Ainsi les chiens de protection sont efficaces pour éloigner le loup, mais aussi les randonneurs.

Six loups dans le collimateur

Quand la protection ne suffit plus, il faut chasser l’intrus. On parle pudiquement de « prélèvement » pour parler de tir autorisé. C’est l’un des points de discorde entre les éleveurs et l’administration. L’an dernier, les opérations menées sans succès par les chasseurs, les agents de l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) et les lieutenants de louvèterie ont discrédité ces frappes chirurgicales. « Une mascarade ! » tempêtaient éleveurs et chasseurs après l’opération menée au Montsapey, où 480 brebis avaient déroché. « Il aurait fallu tomber sur un loup suicidaire » ironisait Jean-Marc Guigues, président de la FDSEA (Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles).
Face à cette impuissance, les braconniers jouent parfois les justiciers comme en témoigne le nombre d’animaux abattus ou empoisonnés depuis plusieurs années. Le nouveau plan vise à simplifier les textes autorisant les tirs et à réduire les délais d’intervention une fois les attaques constatées. Un arrêté ministériel devrait très rapidement fixer le nombre de prédateurs pouvant être tués cette année. Il est question de six loups sur l’ensemble du territoire, les préfets étant chargés de coordonner les actions décidées sur leur département.
Le plan vise enfin à simplifier les démarches d’indemnisations après les attaques et à limiter les délais de paiement. Pour les experts du « groupe loup », l’objectif est de réparer les dommages au coût réel tout en utilisant au mieux les moyens publics. L’an dernier, l’indemnisation des dommages a représenté plus de 800.000 euros.

REPÈRES

OÙ EST-IL ?

La présence permanente du loup est avérée en Belledonne/Vallée des Huiles, Thabor/Galibier, Haute-Maurienne, Bauges et Tarentaise/Beaufortain. Une centaine de personnes le suivent à la trace (empreintes dans la neige, crottes, poils, etc) ou visuellement, ce qui est beaucoup plus rare. « Leur nombre précis est impossible à calculer, car les meutes sont à la fois mobiles et de taille variable d’une année sur l’autre, » constate cet agent de l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage).

OÙ VA L’ARGENT ?

Selon la mission parlementaire sur la filière ovine, les mesures de protection contre les prédateurs (loups, ours et lynx) ont coûté l’an dernier 6,3 M€ en 2006, dont 4,4 M€ pour le loup et le lynx. Ces dépenses concernent à 70 % l’arc alpin et à 30% les Pyrénées. Le suivi scientifique représente 11% des dépenses, l’aide au pastoralisme 70%, l’indemnisation des dégâts 13%, les actions d’information et de développement local 6%. A ce budget s’ajoute la mobilisation de 40 agents des ministères de l’Agriculture et de l’Ecologie, des parcs nationaux et de l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage), les 3/4 des effectifs étant mobilisés dans les Alpes.

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