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Le Loup face à l’Histoire

7 septembre 2006

Qui a peur du grand méchant loup ?

Disparu en France en 1939, il faut attendre 1992 pour le revoir coloniser les Alpes à partir de l’Italie et les Pyrénées depuis l’Espagne. De quoi susciter la colère des bergers. Une mauvaise réputation méritée ?

Par Françoise Labalette / Historia

Le loup a souvent, et depuis longtemps, le mauvais rôle. Ainsi, dans la mythologie grecque, Lycaon, roi d’Arcadie, célèbre pour son impiété, ose-t-il servir la chair de l’un de ses enfants à Zeus. Indigné, celui-ci le métamorphose en loup et foudroie toute sa progéniture. Dès le XIe siècle, on le trouve dans les bestiaires médiévaux, ces textes enluminés qui utilisent les animaux pour instruire les hommes et les éduquer. Le Roman de Renart, écrit à la fin du XIIe siècle par un auteur anonyme, met en scène un loup prénommé, Ysengrin. Il y tient le rôle d’un connétable du roi, cruel et avide, confronté à la rouerie sans pareille de Renart et de sa femme Hermeline.

Au XVIIe siècle, le carnivore fait le titre de seize fables de Jean de la Fontaine. Il s’y montre cruel, stupide, hypocrite. Dans les contes de Charles Perrault et des frères Grimm (XVIIe et XVIIIe siècles), il devient le « grand méchant loup » dévoreur d’enfants et de grands-mères, comme dans Le Petit Chaperon rouge (Perrault) ou retors, menteur, manipulateur dans Les Trois Petits cochons (conte traditionnel anglais).

Les naturalistes l’accablent à leur tour. Dans un article consacré au loup, Buffon écrit en 1767 : « Il n’y a rien de bon dans cet animal que sa peau […]. Sa chair est si mauvaise qu’elle répugne à tous les animaux […]. Il exhale une odeur infecte par la gueule […]. Pour assouvir sa faim, il avale indistinctement tout ce qu’il trouve […]. Enfin, désagréable en tout, la mine basse, l’aspect sauvage, la voix effrayante, l’odeur insupportable, le naturel pervers, les moeurs féroces, il est odieux, nuisible de son vivant, inutile après sa mort. »

Tout au long des siècles, les textes, indiquant comment capturer le loup, abondent. L’un des plus célèbres est le Livre de chasse de Gaston Phoebus, comte de Foix au XIVe siècle. Par ailleurs, la peur du loup est telle qu’elle produit le personnage de l’homme-loup, ou loup-garou, dont le nom savant est lycanthrope. Sauvage, ombrageux, solitaire, fuyant le soleil, atteint de « folie loupière », on le dit possédé et mangeur d’enfants : il est alors désigné comme responsable de tous les crimes commis. Au XVIIIe siècle, une série de meurtres mystérieux et inexpliqués est attribuée à la « bête du Gévaudan », une sorte de monstre mi-homme, mi-loup.

Il est aussi question du loup dans l’Antiquité. Sous le nom de Lukeion, quartier d’Athènes situé au pied de la colline du Lycabette, on retrouve le mot lukos. A n’en pas douter, ce lieu où Aristote a enseigné, et auquel nous devons l’acception familière de lycée aujourd’hui, était hanté par les loups. Les Romains se souviennent de la Louve, mère nourricière qui, selon la légende, aurait allaité les fondateurs de Rome, Romulus et Remus. Quant aux Lupercales, célébrées chaque 15 février, elles rendent hommage à Lupercus dieu tueur de loups, au travers de cérémonies, conduites par la confrérie des luperques dans la grotte Lupercal située sur le mont Palatin. Un rituel censé assurer la fertilité des champs, des troupeaux et du peuple. Et, de manière paradoxale, la racine latine mène aussi à la lupa, courtisane, et au lupanar, lieu où exercent les prostituées.

L’omniprésence de l’animal est attestée aussi par les toponymes, dits lupiques : Louvetière, Louvières, Loupière, Saint-Loup, etc. Certains affirment que le Louvre doit son nom à sa présence sur le lieu-dit d’origine. Mais les chasses aux loups se terminent généralement par la pendaison de l’animal, d’où, là encore, des toponymes comme Loups-Pendus, Chêne-au Loup. Le loup apparaît aussi dans de très nombreux noms de famille, tels Louvel, Chanteloup, Leloup, Loupiac, Lubin, ou Louvois, nom du ministre de la Guerre de Louis XIV. Et dans une multitude de proverbes et dictons toujours en usage : « Les loups ne se mangent pas entre eux » ; « L’homme est un loup pour l’homme » ; « Se jeter dans la gueule du loup » ; « Nourris un louveteau, il te dévorera » (Théocrite) ; « Marcher à pas de loup » ; « Hurler avec les loups » ; « Etre connu comme le loup blanc » ; « Faire entrer le loup dans la bergerie » ; « On croit toujours le loup plus gros qu’il n’est. »

Enfin, le mot loup surprend aussi par la richesse de ses acceptions. Un loup peut être une constellation, un demi-masque en velours, une forte tenaille, un filet de pêche, un appareil muni de pointes pour diviser la laine, une malfaçon d’où le verbe louper. Un loup de mer est un vieux marin, une tête-de-loup une brosse servant au ménage. Le saut-de-loup désigne un large fossé. L’adjectif louvet[ette] qualifie le jaune mêlé de noir du poil du loup, couleur un peu indéfinissable, que l’on retrouve dans l’expression « entre chien et loup » qui désigne la baisse de la lumière à la tombée du jour. Le terme louveteau, utilisé à l’origine pour qualifier le fils du franc-maçon, fait aujourd’hui référence au scout âgé de moins de douze ans. La loupiote est une petite lampe.

Les sciences naturelles offrent de nombreuses occurrences lexicales qui s’appuient, pour la plupart, sur un des multiples caractères du loup. Citons, la vesse-de-loup, champignon ; la lycose, araignée de type tarentule ; le lupus, maladie de la peau ; la lycène, genre de papillon ; le lycopersicom, nom scientifique de la tomate que l’on crut longtemps toxique ; le lupin, herbacée utilisée comme fourrage, la gueule-de-loup ou muflier. De la plante aconit tue-loup, on extrayait un poison pour tuer… le loup, avant la découverte de la strychnine. La loupe désigne une excroissance, un défaut rare du bois qui est, de ce fait, très recherché par les ébénistes. Le loup-cervier est l’autre nom donné au lynx. Le lycaon, animal rappelant à la fois le chien sauvage et l’hyène, est parfois appelé « loup peint » en raison de son pelage bariolé.

Dans les contes récents du XXe siècle, sous l’influence positive de l’écologie, l’image du loup s’améliore. Toutefois, la peur du loup n’est pas morte. Elle est d’ailleurs particulièrement vivace en France, comme le montrent les manifestations des bergers contre sa réapparition dans nos montagnes des Alpes et des Pyrénées. Celle-ci déchaîne les passions alors que les loups italiens et espagnols, beaucoup plus nombreux, vivent en bonne intelligence avec les hommes.

 

louve-loup-italie

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1 commentaire.

  • fep 8 septembre 2006 at 21 h 33 min

    La mise à mort jeudi en Isère de deux loups accusés de menacer les troupeaux a suscité la colère des organisations écologistes, qui estiment que l’opération était illégale.

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