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[Suisse] L’ADN du loup passé à la loupe

15 mars 2011

Depuis plus de dix ans, le Dr Luca Fumagalli analyse et répertorie le bagage génétique du monde vivant. Mandaté entre autres par l’Office fédérale de l’environnement, son laboratoire est l’un des rares en Europe à analyser l’ADN des animaux sauvages, selon une méthode non invasive.

C’est dans les locaux du Département d’écologie et évolution, à l’Université de Lausanne, que le scientifique a accepté de répondre à nos questions concernant ses travaux sur le loup.

Luca Fumagalli, sur plus de 1000 échantillons de traces biologiques laissées par des animaux sauvages dans les Alpes suisses entre 1998 et 2010, un tiers est attribué au loup. Que révèle aujourd’hui l’ADN du prédateur ?

Il révèle que les loups des Alpes ont de fortes similitudes génétiques, voire aucune différenciation, avec les loups des Apennins, en Italie centrale. Ce qui laisse supposer que leurs ancêtres sont les mêmes. Il y a 40 ans, la population des Apennins était presque éteinte et par conséquent présentait peu de variation génétique. Issus de ce petit groupe, les loups, qui ont aujourd’hui colonisé l’arc alpin, ont conservé cette faible diversité.

Quelles sont les conséquences ?

La théorie prédit qu’une faible diversité génétique implique un potentiel d’adaptation réduit face à une modification de l’environnement. Autrement dit, la population de loups pourrait être moins résistante à long terme face à un changement climatique ou à l’apparition d’un pathogène. De plus, il y a des risques d’augmentation de consanguinité avec les effets délétères que l’on connaît. Ceci ne semble néanmoins pas être le cas pour les populations de loup dans les Alpes, caractérisées par une forte expansion démographique et spatiale notamment dans les Alpes françaises.

En treize ans, combien de loups avez-vous identifiés dans votre base de données ?

Sur la base d’environ 300 échantillons attribués à l’espèce loup mentionnés plus haut, nous avons dénombré une trentaine d’individus de loup différents. Mais le nombre réel est certainement supérieur car beaucoup d’individus n’ont laissé aucune trace.

Comment faites-vous pour identifier un loup ?

Après extraction et amplification de l’ADN, nous analysons le nombre de répétitions de nucléotides dans des marqueurs de l’ADN appelés microsatellites. Ce qui permet ensuite de réaliser un profil ADN et de discriminer les individus.

Vous étudiez également les traces laissées par le loup après une attaque sur des animaux domestiques. Et souvent, des autorisations de tir sont accordées sans même attendre les résultats de vos analyses. Comment expliquez-vous cette précipitation ?

Pour l’heure, aucune loi n’impose des analyses ADN avant l’autorisation d’un tir. De plus, il existe deux problèmes techniques. D’une part, environ 40% du matériel génétique ne sont pas analysables en raison de la qualité insuffisante de l’ADN prélevé. D’autre part, le travail en laboratoire dure quelques semaines, alors que les personnes concernées par les attaques veulent réagir rapidement. L’expérience nous montre néanmoins que dans plusieurs cas, le loup tué n’était pas celui qui avait été identifié sur le lieu de l’attaque plusieurs jours voire semaines auparavant.

Vos analyses permettent en outre d’établir des hypothèses sur la façon dont le loup a colonisé la Suisse. Quel est aujourd’hui le scénario le plus probable ?

Au vu des données génétiques actuelles, ce sont en majorité des mâles, entre 10 et 15 individus non apparentés, qui ont initié la colonisation des Alpes. Ils seraient venus des Apennins du nord de manière unidirectionnelle, sans retour vers leur lieu d’origine.

De quoi tordre définitivement le cou à l’idée d’un loup introduit par l’homme ?

Aujourd’hui encore, on entend parler de temps à autre de réintroduction du loup. Ce lapsus est inexact et probablement n’est pas sans arrière-pensées, car il permet plus facilement de justifier son élimination. Or, nous observons depuis quarante ans une expansion des populations sauvages de loup d’Italie vers les Alpes. De plus, comme les données génétiques montrent de façon non ambiguë que les loups suisses sont plus proches des loups italiens, il faut plutôt parler de « retour naturel du loup ». Toute autre hypothèse n’est étayée par aucune donnée scientifique.

Source : Le Nouvelliste

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