Billet lupin d'Anne Ménatory

Le billet lupin d’Anne Ménatory – le parc à loups du Gévaudan

28 juillet 2020
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Gérard Ménatory, fondateur du parc à loups du Gévaudan

Et si l’écologie, la vraie, celle qui consiste en l’étude des êtres vivants, était une chose trop sérieuse pour être confiée à des hommes politiques ?

Et, surtout, à des politiques de second (voire de troisième) rang, qui n’ont, pour tout viatique, que l’horizon plus ou moins obscur de la prochaines élection.

A cet égard, l’exemple de ce qui se trame au parc du Gévaudan est tristement révélateur.

En 1985, Gérard Ménatory a créé de toutes pièces cette structure destinée à mieux faire connaître le loup qui, à l’époque, ne bénéficiait d’aucune protection. Ce par a été créé sur les débris d’un par zoologique géré (?) par la SELO (Société d’Economie mixte de la LOzère). Il comptait environ 400 animaux, représentant de nombreuses espèces différentes. Il était dans une situation plus que délicate, avec, pour sa dernière année d’exploitation, moins de douze mille entrées.

Mon père, fort des travaux qu’il menait depuis le début des années soixante, a pu, en quelques années, et en présentant seulement des loups, faire enregistrer plus de cinquante mille entrées. Puis plus de quatre-vingt mille. Puis, après la mission menée à bien avec Brigitte Bardot (rapatriement de loups de Mongolie promis à l’abattage), largement plus de cent mille.

La SELO ne pouvait que se frotter les mains de contentement. Tout comme le département de la Lozère qui n’était, évidemment, pour rien dans ce succès, pas plus, d’ailleurs, que la SELO, ces deux structures, très proches l’une de l’autre, n’ayant pas vraiment montré, par le passé, leur compétence en la matière.
L’une comme l’autre, toutefois, en acceptaient volontiers les subsides, tout comme les retombées médiatiques, quasi miraculeuses pour le département.

A cette époque là, j’avais rejoint mon père, et les interviews, tous médias confondus, français et étrangers, dépassaient souvent la centaine dans l’année.

Mon père, fatigué, a ensuite pris du recul. Et la SELO, qui se contentait d’encaisser les dividendes de l’action de mon père avant tout, mais aussi de la mienne, a voulu caser quelques individus ayant peut-être rendu des services en d’autres temps et dans d’autres domaines.

L’atmosphère, pour moi, est devenue irrespirable. J’ai fini par partir, laissant des convertis de la vingt-cinquième heure au propos confus et à l’ingratitude chevillée au corps, faire leurs moulinets et clamer leur ignorance.

Aujourd’hui, pratiquement plus un seul média digne de ce nom ne se déplace pour venir au parc du Gévaudan. Sauf, peut-être, si on paye des « journalistes » pour venir réaliser ce qu’on appelle pudiquement un publi-reportage.

Résultat : malgré un personnel toujours plus nombreux et toujours mieux rémunéré, les entrées ont très largement fléchi (et il faut s’en tenir aux entrées payantes, et pas aux chiffres « officiels »).

Comme, malgré cette très forte baisse, aussi bien sur le plan pécuniaire que sur le plan de la légitimité historique et scientifique et donc de la crédibilité du propos, SELO et département de la Lozère ne pouvaient se permettre de liquider le parc à loups, des transformations ambitieuses ont été entreprises.

Car si le parc à loups n’est plus autant « la vache à lait de la SELO » (expression d’un ancien de la Datar), il est encore, après avoir rétrogradé d’une place, le deuxième site touristique lozérien. Ce qui prouve que le concept voulu par Ménatory, malgré les prétentions et les incompétences de certains, était une excellente chose.

On pourrait se féliciter de ce que des « responsables » prennent le problème à bras le corps. Mais voilà : le groin de la politicaille de proximité est venu se fourrer dans le pâté de la création. Et SELO et département n’ont rien trouvé de mieux, pour essayer d’endiguer l’inéluctable, que de partir dans des délires tenant à la fois du Disneyland du pauvre et, beaucoup plus grave encore, de l’apologie d’une certaine ruralité.

D’une ruralité certainement pas comme on l’aime, sur fond d’aménagement respectueux du territoire et de produits de qualité, mais plus banalement de cette ruralité haineuse, qui déteste les animaux dits sauvages, et qui, de chaque situation, cherche à tirer un quelconque avantage.

A cet égard, l’exemple du parc est tristement révélateur. A l’issu des travaux qui ont duré quelque temps, la publicité pour des produits locaux risque fort de prendre le pas sur le comportement du loup. Les animations faussement conviviales vont apporter leur lot d’hébétudes au sein d’une structure qui se voulait -qui était- éminemment pédagogique et sans fioritures. Et, pour couronner le tout, des panneaux « explicatifs » insisteront sur les dégâts causés par le loup

On se retrouve ainsi très loin d’une philosophie qui, sur fond d’études sérieuses et reconnues, faisait la part belle à la Vie.

Alors même que la très grande majorité des espèces animales est menacée d’extinction par la faute de l’Homme (en tout cas par la faute de certains humains), la notion de protection de la nature vient d’être sacrifiée par quelques mécréants âpres au gain (mais ils n’y gagneront rien, bien au contraire), et à rebours de la prise de conscience qui, grâce à des pionniers comme mon père, est enfin devenue majoritaire dans la plupart des pays.

On ne peut que le regretter. Pour la Lozère, ce qui est secondaire. Pour les loups, ce qui est plus important. Pour mon père, mais sa personnalité et la pertinence de ses recherches résisteront à cette péripétie.

Anne Ménatory pour le Klan du Loup

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Anne Ménatory, membre d'honneur du Klan du Loup

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1 commentaire.

  • Reply JM. CLAIR 31 juillet 2020 at 15:35

    J’ai eu l’honneur et le privilège d’effectuer ma première visite du parc au milieu des années 90 sous la houlette de Gérard Ménatory en personne qui, en bon amoureux passionné, ne ménageait ni son temps ni sa salive pour nous faire partager sa passion des loups… Il aurait pu rester des heures à nous parler d’eux… et il faut bien avouer qu’on aurait pu rester des heures à l’écouter !!! 🙂
    Ce fut un souvenir inoubliable que je conserverai précieusement jusqu’à mon dernier souffle.
    Le parc a perdu une partie de son Ame avec son décès, mais le voilà à présent qui la vend au Diable !… 🙁
    Reste heureusement le Coeur du parc, à savoir les loups eux-mêmes.
    Que tous les amis des loups veillent au grain et continuent de prêcher la bonne parole : le loup n’est ni bon et angélique, ni mauvais et diabolique : il est « loup », tout simplement.
    Mais je ne doute pas que si quelques touristes profanes se laisseront berner par les discours calomnieux instillés par la nouvelle direction prise par le parc, les vrais amoureux du loup (et ils sont nombreux, et de plus en plus !) sauront séparer le bon grain de l’ivraie… Et les plus hardis n’hésiteront sans doute pas à contredire publiquement les guides !…
    Vive le loup (et le lynx et l’ours, etc. etc. :)) !

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